Cinéma ivoirien : neuf projets pitchés, une nouvelle étape vers le financement

Cinéma ivoirien : neuf projets pitchés, une nouvelle étape vers le financement

Une formation pilote sur le développement de projets s'est terminée par une session de pitch. Jean-Eud Pokou, directeur de la Production et de l'Attractivité à Côte d'Ivoire Cinéma, y voit de bonnes raisons d'être optimiste pour le cinéma ivoirien.

Le cinéma ivoirien a des histoires à raconter, personne n'en doute. Reste à savoir les construire, les développer et les présenter pour qu'elles touchent un public bien au-delà de nos frontières. C'est à ce défi que s'est attaquée la formation pilote qui a réuni pendant deux semaines des professionnels du cinéma autour du développement de projets et du pitch.

Au terme de la session, Jean-Eud Pokou ne cache pas sa satisfaction. La restitution lui a permis de voir le chemin parcouru par les participants, et elle a renforcé sa confiance dans les créateurs ivoiriens.

« Il y a énormément d'histoires à raconter, mais la façon de raconter ces histoires avait besoin d'être travaillée », dit-il. Pour lui, il s'agit d'aider les professionnels à bâtir des récits qui parlent à des publics variés, sans renoncer aux réalités et aux imaginaires ivoiriens.

Sur les dix professionnels sélectionnés, neuf ont présenté leur projet devant un public et des interlocuteurs susceptibles de les accompagner. Ce qui a frappé Jean-Eud Pokou, c'est l'aisance avec laquelle chacun a défendu son projet. À ses yeux, cela montre un vrai travail de préparation et une bonne maîtrise des bases.

Mais l'exercice oral n'était pas le but en soi. Il fallait surtout donner aux professionnels, aux structures de production et aux porteurs de projets les moyens de transformer leurs idées en projets solides, capables de décrocher un financement. Car bien raconter une histoire ne suffit pas toujours à convaincre un financeur. Il faut aussi savoir monter un dossier, comprendre ce que les mécanismes de soutien attendent et exposer clairement la vision artistique et les ambitions du film.

Parmi les intervenants, Ousmane Boundaone, consultant culturel et spécialiste des stratégies de production, s'appuie sur son expérience dans des dispositifs de financement et des laboratoires de création. Son idée : faire partager un point de vue que l'on découvre rarement, celui de ceux qui lisent les dossiers, les sélectionnent et accompagnent les auteurs.

« Comment on regarde des projets, comment on les analyse, comment on accompagne un auteur, qu'est-ce qu'on attend de lui quand il envoie son dossier », résume-t-il.

Selon lui, les dix participants ne sont pas de simples jeunes talents. Réalisateurs, scénaristes, producteurs, ils ont déjà un parcours, ils ont essayé des méthodes et ils acceptent de remettre leur travail en question. Inutile, dans ces conditions, de leur imposer une recette unique : l'enjeu était de leur donner des outils concrets pour mieux défendre leurs projets et mieux comprendre leurs futurs partenaires.

Il insiste aussi sur un point : la sincérité. Chacun doit pouvoir défendre son film en s'appuyant sur sa vision, son vécu et ce qu'il a appris pendant la formation.

Faire un film n'est pas une course de vitesse, et c'est le message que Jean-Eud Pokou a tenu à laisser aux participants. Il cite le bambou de Chine, dont la croissance visible met du temps à apparaître : ne rien voir venir tout de suite ne veut pas dire que le projet est perdu.

« Un projet cinématographique, ce n'est pas un projet chap chap », prévient-il, en invitant les professionnels à accepter que chaque film ait besoin de mûrir.

Entre l'écriture, les réécritures, la recherche de partenaires, le financement et la préparation du tournage, il peut s'écouler plusieurs années avant qu'un projet voie le jour, et parfois beaucoup plus. Les cinéastes doivent donc tenir sur la durée, avec rigueur, sans perdre de vue leur vision artistique, pour que naissent des œuvres capables de représenter dignement la Côte d'Ivoire à l'international.

Pour Côte d'Ivoire Cinéma, l'initiative ne doit pas rester sans suite. Elle servait aussi à rapprocher les équipes de l'institution des professionnels, à mieux comprendre leurs difficultés, à échanger et à renforcer leurs compétences.

Les participants ont d'ailleurs exprimé le souhait de profiter d'autres laboratoires de création, résidences et programmes d'accompagnement. Jean-Eud Pokou assure que la mission de Côte d'Ivoire Cinéma est justement de jeter des ponts et de mieux informer les professionnels sur les dispositifs auxquels ils peuvent prétendre.

Reste à consolider les acquis : accompagnement dans la durée, meilleure connaissance des financements possibles, travail à poursuivre sur les scénarios et les dossiers de production. Pour Ousmane Boundaone, la transmission ne peut pas s'arrêter le dernier jour de la formation. Les échanges, les conseils et les retours d'expérience doivent continuer quand les professionnels se heurtent à de nouvelles difficultés.

Ousmane Boundaone raconte comment le programme est né de sa collaboration avec les responsables de Côte d'Ivoire Cinéma, en particulier la directrice générale, Mariam Doumbia, qu'il a rencontrée lors de rencontres professionnelles et de missions dans le secteur culturel.

D'après lui, la réflexion s'est construite peu à peu autour d'une feuille de route adaptée aux réalités ivoiriennes. L'idée était de privilégier une formation concrète, centrée sur les besoins réels des professionnels, plutôt qu'un enseignement théorique. Le programme part donc des projets existants, regarde leurs forces et leurs faiblesses, puis apporte des réponses qu'on peut appliquer tout de suite. Il rapproche ainsi la formation de ce qu'exigent le marché et les partenaires qui pourraient soutenir les films.

Ce que les responsables retiennent d'abord, c'est la progression des participants et leur capacité à présenter leurs projets : neuf pitchs sur dix projets sélectionnés, un résultat qu'ils jugent encourageant. Le plus dur commence maintenant : garder l'élan, accompagner les porteurs de projets et réunir les conditions pour que des films aboutis voient le jour.

Pour Côte d'Ivoire Cinéma, cette phase pilote pourrait déboucher sur d'autres sessions et sur un dispositif d'accompagnement plus durable, pour aider les professionnels à mieux s'organiser, structurer les entreprises culturelles et améliorer la qualité des dossiers présentés aux financeurs.

Deux semaines ne changent pas toute une industrie. Elles peuvent pourtant faire bouger les pratiques, donner de l'ambition et mieux préparer les professionnels aux exigences du métier. Pour le cinéma ivoirien, il s'agit maintenant de transformer ces acquis en films, puis de faire en sorte que ces films rencontrent leur public, en Côte d'Ivoire comme ailleurs.