Isaach de Bankolé dans Dune 3 : l'Ivoirien qui conquiert les étoiles

Isaach de Bankolé dans Dune 3 : l'Ivoirien qui conquiert les étoiles

Il a traversé les frontières, essuyé les refus, et construit patiemment l'une des carrières les plus singulières du cinéma international. Aujourd'hui, Isaach de Bankolé s'apprête à fouler le sable d'Arrakis. L'acteur ivoirien rejoint le casting de Dune : Troisième Partie, le dernier opus de la saga signée Denis Villeneuve. Une consécration de plus pour celui que l'industrie hollywoodienne a mis du temps à reconnaître, mais qu'elle ne lâche plus.

Tout commence en France, où Isaach de Bankolé fait irruption sur la scène cinématographique avec fracas. En 1987, il décroche le César du Meilleur espoir masculin pour son rôle dans Black Mic-Mac de Thomas Gilou. Le pays s'entiche de ce jeune acteur au talent évident. Mais l'enthousiasme retombe vite. Les propositions s'amenuisent, les rôles se rétrécissent, trop souvent dictés par la couleur de sa peau plutôt que par l'étendue de son jeu.

Alors il part. Direction New York, avec la conviction que l'ailleurs lui offrira ce que la France lui refuse. « Je me disais que j'aurais plus de chances n'importe où ailleurs qu'en France. Il fallait que je m'en aille », confiera-t-il. Un pari risqué, qui se révélera être le meilleur choix de sa vie.

C'est sur le tournage de Chocolat (1988) que le destin lui tend la main. Le réalisateur américain Jim Jarmusch, présent sur le plateau, est immédiatement séduit. Il lui propose un rôle dans Night on Earth (1991). Une collaboration naît, durable, fidèle, qui traversera les décennies : Ghost Dog (1999) face à Forest Whitaker, Coffee and Cigarettes (2003), The Limits of Control (2009). Jarmusch devient son passeur vers Hollywood, et Hollywood finit par ouvrir ses portes en grand.

En 2006, Isaach de Bankolé apparaît coup sur coup dans Casino Royale et Miami Vice, deux productions à l'audience mondiale. La France, qui l'avait laissé partir, lui rend hommage en 2007 en le nommant Chevalier de la Légion d'honneur. Ironie de l'histoire.

© Adi Bulboaca

La décennie suivante le voit intégrer l'univers Marvel — Black Panther en 2018 et sa suite en 2022 — avant de livrer une performance remarquée dans The Brutalist (2022) et d'incarner un médecin dans Muganga – Celui qui soigne(2025). Un acteur en pleine possession de ses moyens, dont la trajectoire ne cesse de monter.

Dans Dune : Troisième Partie, Isaach de Bankolé prêtera ses traits à Farok, un Fremen d'Arrakis. Dans les romans de Frank Herbert, ce peuple du désert occupe une place centrale dans la mythologie de la saga : guerriers farouches, gardiens d'un savoir ancestral, ils ont porté Paul Atréides — incarné par Timothée Chalamet — au rang de messie.

Mais la foi a ses limites. Alors que Paul étend son pouvoir sur la société fremen et en bouleverse les traditions, des voix dissidentes s'élèvent. Celle de Farok en fait partie. Personnage discret dans les livres, il incarne pourtant une fissure essentielle dans l'édifice : celle du croyant qui s'interroge, du fidèle qui vacille. Un rôle à la fois sobre et capital, dont les subtilités semblent parfaitement calibrées pour le jeu tout en retenue d'Isaach de Bankolé.

Denis Villeneuve, connu pour sa capacité à étoffer les personnages secondaires de ses adaptations, pourrait bien lui offrir une dimension nouvelle.

Après un premier film consacré à l'émerveillement et un deuxième porté par la montée en puissance épique de son héros, Dune : Troisième Partie s'annonce comme le volet le plus sombre et le plus ambitieux de la trilogie. Le récit devrait plonger au cœur des conséquences du pouvoir absolu, confrontant Paul Atréides aux ravages du conflit qu'il a lui-même engendré. Un univers de fractures, de trahisons et de désillusions — terrain idéal pour les ambiguïtés morales qu'Isaach de Bankolé a toujours su habiter avec une rare justesse.